Inquiets de la protection de vos renseignements personnels inscrits dans le recensement?

Les substituts au questionnaire détaillé du recensement pourraient s’avérer encore plus invasifs

Pharmacy - preceptor with students Êtes-vous agacé à l’idée de devoir répondre à un questionnaire sur votre lieu de résidence, votre travail, votre niveau de scolarité, votre échelle de revenu? Considérez-vous ces questions comme une atteinte à votre vie privée?

La plupart des gens ne s’en formalisent pas s’ils savent que ces renseignements font l’objet de protection et de confidentialité et que seules les moyennes sont publiées. Statistique Canada présente un excellent dossier en matière de protection des données personnelles et, en général, on accepte la nécessité pour les gouvernements de détenir des données précises sur les personnes qu’ils sont censés aider.

Pour bien gouverner, cela prend des données exactes.

Mais il y a des gens (et de toutes les allégeances politiques) qui me disent qu’ils n’aiment tout simplement pas remplir le questionnaire détaillé du recensement de Satistique Canada et qu’ils le trouvent terriblement indiscret.

Si vous comptez parmi eux, permettez-moi de vous expliquer deux choses.

Les enquêtes obligatoires éliminent les biais statistiques

D’abord, il faut savoir que si le recensement se faisait sur une base facultative, certains groupes de la population auraient tendance à ne pas remplir le questionnaire. Les gens qui se démènent entre travail et famille, qui sont aidants naturels ou qui ont des factures à acquitter, entre autres, risqueraient fort de négliger le recensement. De son côté, le gouvernement ne pourrait pas savoir combien ils sont dans cette situation. Ce sont justement les personnes pour qui on voudrait de l’aide gouvernementale qui échapperaient à la comptabilisation. On sait maintenant tout ce que ça peut représenter. Un chercheur affirme que l’Enquête nationale auprès des ménages de 2011, rempli à titre facultatif, a coûté 22 millions de dollars de plus que le questionnaire détaillé du recensement qu’il remplaçait. Dans une lettre d’opinion (en anglais), il déclare que cette enquête nationale n’est pas valide; elle ne devrait être ni utilisée ni citée et devrait même être retirée.

Le caractère obligatoire du recensement implique que les agents recenseurs veillent à ce qu’il n’y ait aucun biais statistique dans la population comptabilisée. Qu’on soit de milieu urbain ou rural, riche ou pauvre, malade ou en santé, âgé ou jeune, tout le monde a une chance égale de figurer au compte et aucun groupe ne se trouve sous-évalué au moment de planifier la prestation de services.

Bien sûr, vous pouvez vous demander, par exemple, pourquoi ne pas s’informer auprès des universités si on veut savoir combien de personnes ont un diplôme en comptabilité commerciale, ou encore pourquoi ne pas s’adresser à l’Agence de revenu du Canada si on veut connaître le revenu moyen. En réalité, on se tourne vers ces sources d’information, effectivement. Toutefois, si on veut connaître la différence de revenu liée au diplôme en comptabilité commerciale, il faut poser des questions à la fois sur la scolarité et sur le revenu. Et il faut que les personnes répondent à l’enquête.

Que ce soit les divers gouvernements, les entreprises ou des particuliers, tout le monde a besoin de données justes pour prendre des décisions éclairées. C’est précisément pourquoi des chercheurs, mais aussi des organismes comme la Chambre de commerce du Canada ont demandé de rétablir le questionnaire détaillé obligatoire du recensement.

Les substituts au questionnaire détaillé du recensement pourraient représenter une plus grande menace pour la vie privée

UPC-A-036000291452 Ensuite, je voudrais vous signaler que les substituts au questionnaire détaillé pourraient s’avérer plus menaçants sur le plan de la vie privée. Le gouvernement canadien examine les divers moyens adoptés par d’autres pays en remplacement du recensement traditionnel, car il est onéreux pour Statistique Canada de faire remplir le questionnaire. Saviez-vous qu’il y a des pays (l’Autriche, le Danemark, la Finlande, la Norvège et la Suède) qui ne tiennent aucun recensement? En lieu et place, ils ont recours à des données administratives, c’est-à-dire des données que le gouvernement accumule dans le cadre de son exercice.

Dans ces pays, le nouveau-né reçoit un numéro d’identification personnel universel qui le représente et qui sert à tout : à l’école, les permis de conduire ou d’armes, les soins de santé, l’emploi, les impôts, les opérations bancaires, les fiches de propriété ou de résidence, etc. Le gouvernement n’a qu’à utiliser ce numéro d’identification personnel pour obtenir de l’information sur un citoyen.
Vous constatez probablement en quoi un tel système présente de sérieuses conséquences sur la vie privée et que les Canadiens devraient s’y pencher sérieusement avant d’en décider l’instauration dans leur pays.

Qu’est-ce qui constitue le plus une atteinte à la vie privée : a) avoir toute sa vie un cordon ombilical sous la forme d’un numéro d’identification personnel nous reliant au gouvernement, ou b) laisser Statistique Canada prendre un portrait de chacun de nous tous les cinq ans? Au moins, le recensement traditionnel permet de savoir quelle information on transmet au gouvernement et pourquoi on le fait. Les données administratives sont ainsi recueillies à un moment précis et sont ensuite complétées par d’autres données récoltées par la suite et utilisées encore plus tard.

C’est pourquoi, si vous vous préoccupez de protection de la vie privée tout en appréciant l’importance d’avoir un gouvernement qui peut se fier à des renseignements exacts, le questionnaire détaillé obligatoire du recensement n’est pas une solution si mauvaise!

Mon projet de loi d’initiative parlementaire C 626 vise à rétablir la capacité de recueillir des statistiques à l’échelle nationale de la même qualité que lors des recensements de 2006 et d’auparavant. Il vise la restauration du questionnaire détaillé, mais permet tout de même son remplacement par des sources de données plus récentes, au fil de leur disponibilité. De plus, dans ce projet de loi, on suggère une amende au lieu d’une peine de prison en conséquence du refus de répondre honnêtement aux questions du recensement.

No comments

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *